Mais le souffle du désert,vaste tournant du chemin vers l’éternité.
Nelly Sachs


La grande aventure du désert dans la tradition hébraïque est bien plus qu’une histoire de terre, de sables et de puits : elle est au fondement d’une des grandes aventures spirituelles de l’humanité. Ainsi : « Le Judaïsme est l’un des rares cas dans l’histoire où le développement du monothéisme coïncide avec le nomadisme. C’est bien au cours de leur séjour dans le désert du Sinaï que les Hébreux reçurent la charte du monothéisme mosaïque². »
De 1350 à 1334 avant l’ère chrétienne se situe le règne d’Aménophis IV, passé à la postérité sous le nom d’Akhenaton. Il détrôna Amon-Rê, la principale divinité égyptienne, pour lui substituer Aton, le dieu-soleil. À sa mort, les prêtres d’Amon recouvrent leur pouvoir et accusent d’hérésie Akhenaton et ses héritiers. C’est dans ce contexte que certains historiens interprètent plusieurs événements rapportés par la tradition biblique, dont la montée en puissance de Joseph à la cour du roi face à d’impotents « magiciens d’Égypte ». Le règne de Ramsès II s’étendra ensuite de 1279 à 1212 et laissera le souvenir d’un esclavage impitoyable. Nombre d’historiens placent autour de ces années 1300 av. J.-C. la sortie d’Égypte des Hébreux, alors esclaves de Pharaon.
Cette sortie d’Égypte marqua le début de quarante années de tribulations à travers le désert avant que le peuple d’Israël ne parvienne à la terre de Canaan.
Ami Bouganim trace en ces termes la carte de ce désert : « Le désert du Néguev se présente comme un triangle inversé avec son sommet à Eilat, sur la mer Rouge, et sa base le long d’une ligne reliant la ville côtière de Gaza à l’oasis d’Ein Guédi. D’une longueur maximale de 250 km du nord au sud et d’une largeur minimale de 125 km d’ouest en est, ce désert couvre un territoire de plus de 12 000 km2³. »

1.Les réflexions qui vont suivre sont nées d’un long dialogue avec le professeur Jean Halpérin, président du Colloque des intellectuels juifs de langue française. Succédant à Emmanuel Levinas, il enseigna la pensée juive à l’université de Fribourg. Je lui exprime ici ma dette de reconnaissance pour les horizons de pensée et de méditation qu’il m’a ouverts

2.Armand Abecassis, « L’expérience du désert dans la mentalité hébraïque : le désert de la Genèse », in Le Désert et la Queste, actes du colloque tenu à Paris du 12 au 14 juin 1981, Paris, Berg, coll. « Les Cahiers de l’université Saint-Jean-de-Jérusalém », n° 8, 1982, p. 25-43.

3.Ami Bouganim, Néguev, Le désert de Dieu, Paris, éd. du Nadir de l’Alliance israélite universelle, coll. « Sites et sources », 1998, p. 9.